Le Padel en plein boom en France ! Vraiment ?

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Les magazines de Padel aiment parler de grand boom du Padel mais au-delà de notre envie de voir ce sport se développer rapidement, attardons-nous sur la réalité des chiffres. 

Que nous disent les classements en France ? 

En 2019 :

Presque 6000 joueurs chez les hommes ont réalisé au moins un tournoi. On constate une forte baisse pour atteindre les 3000 seulement pour les joueurs ayant participé à au moins 2 tournois. 

Pour les joueurs qui réalisent réellement de la compétition, si on part sur une moyenne de 10 tournois par an, il n’y a plus qu’environ 600 joueurs en France. 

Chez les femmes, il y a moins de 1000 joueuses qui ont réalisé au moins un tournoi. On retrouve moins de 80 joueuses qui sont compétitrices en France si on part sur une base de 10 tournois minimum.

Moins de 7000 inscrits dans le classement en France donc alors que la Belgique, pays 6 fois plus petit en nombre d’habitants compte 3710 membres avec licence.

En 2018 :

Il y avait un peu moins de 4000 hommes à avoir participé à au moins un tournoi en 2018. Ce chiffre baisse à environ 2500 quand on analyse les hommes ayant réalisé au moins 2 tournois. 

Le cap des 10 tournois étaient atteints par environ 300 joueurs en 2018. 

Chez les femmes, il y avait environ 700 joueuses ayant réalisé au moins un tournoi. Le nombre de compétitrices étaient encore un peu plus faible qu’en 2019 avec environ 30 joueuses qui avaient réalisé au moins 10 tournois. 

Il est difficile de dire combien de joueurs jouent réellement au Padel en France et comment ce chiffre évolue d’une année sur l’autre. Certains paient un abonnement, d’autres paient à l’heure, à partir de combien de fois par an peut-on considérer une personne comme jouant au Padel ? Existe-t’il le syndrome “Salle de sport” avec des abonnés qui s’inscrivent en début d’année mais ne viennent jamais en s’apercevant que les créneaux du soir sont rapidement complets dans certains clubs ou alors qu’il n’est pas toujours simple d’être 4 joueurs de niveau équivalent ? ….

L’évolution du nombre de clubs et de terrains 

Ce nombre évolue certes mais il avance doucement. Entre 2015 et 2016, le Padel a connu une évolution significative en France passant de 27 à 83 clubs. Ce chiffre est à la baisse depuis. 

Même constat concernant le nombre de terrains qui a suivi la même belle évolution entre 2015 et 2016 passant de 67 à 173 terrains construits. Là encore, ce chiffre est à la baisse depuis. 

Dans tous les cas, le Padel reste “une niche” en France et nous sommes bien loin du “boom” connu par le tennis dans les années 80 quand plusieurs milliers de courts apparaissaient tous les ans.

Pas assez de clubs en France pour le développement du Padel ?

On peut penser que l’embouteillage du créneau 18h/22h peut être un frein au développement du Padel et/ou qu’avoir plus de courts pourrait faciliter son développement.

Néanmoins, on constate que le nombre de clubs et de courts de Padel n’est pas si mauvais en comparaison avec d’autres sports et que le problème réside dans le fait d’attirer plus de joueurs.

Le Padel en France aujourd’hui, c’est plus de 700 courts et plus de 300 clubs. A titre de comparaison, la fédération française de Squash annonce 233 clubs privés et 349 associations soit 582 clubs. Moins du double de clubs donc mais 22 000 licenciés (3 fois plus qu’au Padel) et 200 000 pratiquants (5 à 7 fois plus qu’au Padel selon les estimations).

L’essentiel pour le Padel n’est donc pas d’accumuler de nouveaux clubs mais d’avoir des clubs qui convertissent davantage de joueurs. Certaines villes manquent de clubs/courts, d’autres villes ont des clubs mais pas de joueurs !

Des clubs en bonne santé ? 

Les clubs publics n’ayant pas les mêmes contraintes financières que les clubs privés, concentrons-nous sur les structures privées. 

Notons qu’historiquement ce sont des clubs privés qui ont permis le lancement du Padel, que cela soit en Espagne lors du vrai décollage dans les années 90 ou en Argentine dans les années 70/80.

En France, quelques clubs ouvrent, d’autres ferment mais rares sont les clubs privés qui peuvent se vanter de gagner des millions grâce au Padel.

Une des problématiques de certains clubs est de n’avoir quasi personne en journée mais avec la nécessité d’avoir du personnel à disposition et d’être complets en soirée avec des joueurs réguliers….

Les clubs de Padel sont souvent gérés par des passionnés de ce sport qui n’ont pas forcément la culture du séminaire ou du team building qui permettraient de remplir les heures creuses. 

Certains clubs se sont spécialisés vers un business plan très orienté sur les tournois (privés ou ouverts à tous). Cette activité rentable n’est donc pas directement liée à l’apport de nouveaux adhérents. Le côté « sociable » du joueur de Padel est aussi un point essentiel pour que la 3e mi-temps puisse apporter une valeur ajoutée au club. 

Un Padel français qui attire les joueurs étrangers ?

La dernière mode du moment pour alimenter ce « boom » du Padel est de dire que le Padel Français s’internationalise avec la présence de joueurs Marocains, chinois, hollandais, belges, italiens…

Il y a quelques exemples de bons joueurs étrangers venus faire un ou deux tournois cette saison sur le circuit français. Ces joueurs se déplacent en général avec une contrepartie financière. On pense à l’espagnol Mark Bernils lors de 2 P2000 avec son ancien partenaire français du WPT Jeremy Scatena ou à Denis Perino qui s’entretient durant la pause du circuit WPT avec, là aussi, son ancien partenaire, le français Laurent Bensadoun.

La France est un pays multiculturel, avoir donc des joueurs étrangers qui vivent en France et participent à des tournois est simplement un reflet de la société et ne date pas spécialement de cette année 2019. On constate d’ailleurs ce même “phénomène” dans le classement Belge avec des résidents Marocains, Espagnols, Portugais….ainsi que les frontaliers français (Avec notamment Lilian Fouré N°30 français et…N°20 belge!).

Quelques exemples de curiosités dans les joueurs assimilés en France: L’argentin Frederico Chingotto, apparait dans le classement en tant que joueur…français !…et l’ Argentin Andres Britos qui a pourtant participé et gagné le tournoi de Lille avec son ami Max Moreau n’apparait nul part en tant que joueur assimilé…

A noter aussi que parmi les joueurs étrangers, il y a des joueurs assimilés. Ce sont en général des étrangers qui n’habitent pas en France. Il y a par exemple les suédois Thomas Enqvist ou Thomas Johansson, deux anciens joueurs professionnels de tennis mais que nous ne voyons jamais jouer en France ! Etre licencié en France pour un joueur étranger n’a donc qu’une faible signification et ne signifie pas participer aux tournois ou faire vivre activement le circuit français.

L’apport des P2000 ? 

Mis en place par la fédération française de tennis pour apporter une visibilité au Padel, les P2000 ont un coût…élevé. Chaque P2000 réalisé sur une place publique (excentrée) coûte plusieurs dizaines de milliers d’euros et à chaque P2000, nous entendons fièrement que 300, 500 ou 700 personnes sont venues regarder quelques points. Il apparait en revanche que le nombre de spectateurs réels lors de chaque P2000 reste minime. 

La fédération française de tennis se donne les moyens de rendre le Padel visible sur sa page Facebook…mais les bugs techniques sont nombreux et font fuir les potentiels prospects. Résultat, une petite centaine de personnes sur les live en moyenne…dont la plupart sont déjà des joueurs de Padel confirmés. 

On ne peut pas reprocher à la FFT d’avoir essayé mais sans être spécialiste en économie, chacun comprendra que l’équilibre n’y est pas. 

Booster le Padel, est-ce tuer le tennis ?

Nous avons fait parvenir une liste de questions à la FFT pour connaître leur positionnement concernant le Padel. On constate que de nombreux joueurs de Padel sont des joueurs de tennis et “habiller” le Padel pourrait signifier “déshabiller” le tennis…

Y-a-t’il donc un intérêt à voir le Padel se développer réellement ?

Nous développerons cette question un peu plus tard avec les personnes concernées.

Les marques de Padel 

Aucune marque n’investit totalement dans le Padel en France pour le moment…et elles ont raison ! 

Certaines marques Espagnoles arrivent à se faire une place sans avoir trop investit sur le marché français. On pense notamment à Bull Padel et Nox mais aussi à Black Crown ou Just’ten par exemple. 

Parmi les grandes marques, Head, Dunlop et Babolat investissent raisonnablement dans le Padel en avançant pas à pas. 

Asics, l’un des leaders en Espagne n’a pas misé le moindre centime en France alors que la marque sponsorise Fernando Belasteguin et Pablo Lima chez les hommes ou encore Gemma Triay et Lucia Sainz chez les femmes ! 

A noter que Décathlon a développé sa propre gamme de raquettes Kuikma mais Décathlon a une vision forcément très internationale, y compris en Espagne. Bien qu’étant une entreprise du groupe Mulliez (Auchan, Happychic, Leroy Merlin..), ce développement ne peut donc pas être considéré comme une avancée spécifique pour le Padel Français.

La question se pose sur comment investir en terme de communication pour les marques. Média Padel est bien placé pour pouvoir prendre position sur la question et investir dans du magazine en France pour les marques ne peut pas être rentable actuellement. 

En tant que Magazine de Padel en France, le nombre de fans / followers est “artificiel” et donc presque secondaire pour les marques du marché français car on constate que nombreux sont les fans ou visiteurs venant d’Espagne ou d’Amérique du Sud ! La réalité de l’intérêt porté par les gens se trouve dans les interactions (like, partages, commentaires..) ainsi que dans leur géolocalisation…et à ce petit jeu, le Padel ne fait pas recette en France. 

Que les marques puissent fournir des raquettes pour des jeux concours et ainsi aider les médias à leur façon est une chose mais la base de prospects potentiels est bien trop dérisoire en France actuellement pour que les marques puissent s’y retrouver autrement. Nous en profitons pour remercier la marque HEAD qui fut la première grande marque à nous soutenir !

Et le boom du Padel à l’étranger ? 

Là encore, il faut prendre un peu de distance et voir les choses de façon objective. Certains petits pays comme la Suède ou la Belgique ont une belle évolution constante dans le Padel. Mais un pays comme la Russie ne compte par exemple que…10 courts ! 

L’Italie se développe bien et va obtenir son premier tournoi Open du World Padel Tour en 2020, à Rome. Un pays ou la sélection nationale sert de vitrine en faisant appel à des joueurs argentins d’origine et ou le développement peut être boosté par le fait que le président de la Fédération Internationale de Padel soit Italien.

En Asie, le Japon ne compte que 200 joueurs inscrits dans des compétitions alors qu’il est leader dans cette région du Monde. 

Quant à l’Océanie et l’Afrique, le Padel commence tout juste à y voir le jour.  

Conclusion : 

Cette analyse peut paraitre un peu froide et négative mais le but est ici d’avoir une vision totalement objective, chiffres à l’appui de ce qu’est le Padel aujourd’hui. Annoncer le Padel comme étant un sport en plein boom ne correspondrait pas à la réalité et faire de la désinformation ne peut que nuire à son développement.

Le Padel est un sport nouveau, qui avance petit à petit et qui connait les contraintes d’un sport naissant…avec quelques belles réussites et parfois des échecs. 

Illustration photo du World Padel tour – Marta Marrero / Martita Ortega –  WPT Mijas 

Jonathan Uzan

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3 Comments

  • Félicitations votre analyse est juste.il y 15 minutes à Malaga ma fille a pris un cours particulier 1 heure avec un professeur connu 25 euros terrain compris.
    Demain je loue 1 court pour 7 euros 1 heure couvert avec climatisation…
    Le padel ne peut grandir qu avec des structures privées et vos exemples Belgique Suède Italie en sont la preuve….
    Claude

  • merci pour cet article..très interressant..et complet.
    j aurais été curieux de voir une répartition géographique des terrains en France ..est ce plutôt sudiste?

    et on peut aussi parler des tennisman de renom qui développent des centres ..comme Henry Leconte ou Muratoglu ..c est quand même un signe …

    merci en tous cas, continuez ainsi…je vous lis avec plaisir .

    • @Vincent : Mouratoglou ne fait strictement rien pour le padel, les courts existaient déjà quand il a acheté le club, il n’y a même pas de coach !

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