Entretien de Philippe Cerfont, Président de l’EPA – Partie 2

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L’Espagne et le Portugal sont à l’origine de la création de l’EPA. Est-ce que cela peut donner des envies de lancer un concurrent au World padel Tour ? 

Alors là clairement, pas du tout. L’EPA se situe dans l’institutionnel, nous travaillons en profondeur dans les pays à la croissance du padel à l’intérieur des fédérations en partageant les connaissances techniques sur notre sport et en créant des évènements officiels européens. Nous préparons un circuit de tournois pour l’année prochaine qui a pour but de permettre à au moins une paire de chaque pays de participer sans frais. Il s’agit plutôt du niveau préprofessionnel comparable aux tournois ITF au tennis. Le WPT est un circuit professionnel qui dispose d’une excellente image en Europe et fait beaucoup pour la visibilité et le développement du padel. Nous souhaitons collaborer avec eux pour augmenter le niveau et le nombre de joueurs provenant des nations montantes du padel pouvant participer à un tableau final d’un tournoi WPT. C’est dans l’intérêt de tous.

Concernant le World Padel Tour, Media Padel est présent sur quasi tous les tournois WPT en Espagne. On constate que même en Espagne, la plupart du temps, les stades sont vides (et les places non vendues) avant les 1/4 ou demis. Nous ne pouvons pas utiliser l’explication qui dit que les gens travaillent car les gens travaillent aussi à la période de Roland Garros par exemple et les places sont pourtant toutes vendues. Le Padel est-il donc condamné à n’être qu’un sport de loisir ? Est-ce que le padel peut attirer des grands médias sachant que même en Espagne les grands joueurs ne font pas déplacer les foules ? 

Je n’ai pas vraiment de réponse à cette question. Le padel professionnel est très spectaculaire à mon sens mais pas encore bien connu du grand public. Lorsque le sport continuera de croitre et que les télévisions seront présentes, cela créera un cercle vertueux de notoriété, d’apports financiers et surement de public. Ca viendra mais cela passe par une meilleure promotion des évènements professionnels et une plus grande disparité géographique des tournois. Le WPT en est bien conscient et y travaille.

A propos des médias justement, lors des derniers championnats d’Europe on pouvait remarquer que la moyenne de spectateurs en ligne était comprise entre 50 et 300 au maximum le jour de la finale homme que cela soit chez le diffuseur français en Italie ou concernant votre championnat au Portugal….les interactions montrant par ailleurs qu’il s’agissait en grande majorité de spectateurs venant d’Espagne ou d’Argentine. Ce fait est-il dû à un désintérêt lié à la situation chaotique des 2 championnats au même moment ou pour d’autres raisons selon vous ?

C’est certain que çà n’aide pas. La confusion générée dans le public et dans les médias est forcément négative et incompréhensible. Je pense qu’on doit travailler à créer des évènements populaires, bien organisés et en assurer une promotion forte.

La France absente de l’EPA, quelle en est la raison selon vous ?  Quelle est la tendance sur ce point ? 

Selon moi, il s’agit clairement d’une décision politique mais il faut poser à la question à la FFT. La FFT et la fédération italienne de tennis forment un binôme qui détient le pouvoir aujourd’hui dans la FIP. Je me concentre personnellement sur l’EPA et je regrette qu’aujourd’hui, malgré les discours de façade, la France et l’Italie restent en dehors de l’EPA car notre institution fonctionne de manière transparente et démocratique. C’est leur choix et nous devons le respecter mais cela crée évidemment un problème car si on parle de compétition européenne, la FIP a beau jeu de dire qu’elle doit en garder la responsabilité car elle a la mission de protéger ses membres. Dans le cas d’une organisation de l’EPA, la France et l’Italie ne pourraient participer…car non membres .  

Vous êtes président de l’EPA mais aussi de l’AFPADEL (Association francophone de Padel en Belgique) Est-ce possible d’être totalement neutre vis à vis des autres pays en ayant cette double casquette ? 

Je ne vois pas d’incompatibilité non. Dans le cas d’un éventuel conflit d’intérêt, qui n’est jamais survenu jusqu’ici, je ne prendrai pas part à la décision, ce qui me parait normal.

Concernant la Belgique, le Padel se développe de façon très importante avec un nombre quasi identique de courts pour un pays dont la superficie est 21 fois plus petite que celle de la France. En France, on sent une évolution présente mais assez lente de notre sport. Quelles sont les différences majeures selon vous pour expliquer cela ? 

Je ne connais pas assez bien la situation en France mais j’ai pu constaté qu’en Belgique, on assiste à une croissance par zone géographique. Le territoire étant plus concentré chez nous, avec plus de densité urbaine, c’est peut-être une explication. Je pense que le secteur privé, les clubs et les fédérations régionales collaborent bien pour organiser la croissance. Je suis très satisfait du travail accompli ces dernières années mais nous devons encore faire des progrès dans la promotion du padel chez les jeunes. C’est notre priorité.

Quel est le mode de fonctionnement des clubs en Belgique. Est-ce que ce sont des clubs privés ou des clubs publics issus de clubs de tennis ? Existe-t-il des aides pour que les clubs puissent se lancer plus sereinement ? (En France, il n’y a pas d’aides pour les clubs privés et une aide de 5000 euros par terrain pour un club public avec un maximum de financement de 10 000 euros soit une aide pour 2 courts)

En Belgique, les clubs publics ont la possibilité de recevoir des subsides régionaux. Si le dossier est bien monté, le padel est plutôt bien considéré par les pouvoirs publics, la chance de l’obtenir est grande. Le padel a démarré dans les clubs de tennis car les infrastructures étaient généralement présentes et pouvaient être mutualisées donc nous avons vécu pas mal de reconversion et de « success stories » pour ces clubs. On voit apparaitre aujourd’hui de plus en plus de clubs qui ne sont plus liés au tennis et qui sont tout aussi viables. Je m’en réjouis évidemment car cela augmente notre audience et notre notoriété.

Y-a-t’il une fédération indépendante de Padel en Belgique ? Le but n’est pas ici de juger le travail réalisé par la Fédération française de tennis en France, mais est-ce selon vous une obligation de dissocier Padel et tennis d’un point de vue institutionnel ? 

Notre fédération régionale (l’AFPADEL) est liée par convention avec le tennis avec qui nous partageons pas mal de choses, à commencer par les subsides de fonctionnement. Nous avons gardé notre indépendance mais collaborons avec beaucoup de réussite jusqu’ici avec la fédération de tennis. Nous mutualisons toute une série de services généraux afin d’optimiser l’utilisation des deniers publics et de nos ressources propres. C’est un situation gagnant-gagnant. Au-delà de cela, je pense qu’une fédération de tennis peut organiser le padel au début du cycle de développement du sport dans un pays et pourquoi pas continuer si l’esprit est constructif. Je pense par contre que le padel est un sport distinct du tennis avec des codes différents et un avenir radieux. Si une gestion adéquate est mise en place et si le développement du padel est assuré sans conflit d’intérêt avec le tennis, les fédérations de tennis pourront certainement évoluer positivement avec le padel. Tous les cas de figures existent aujourd’hui et continueront d’exister à l’avenir.

Comment se passe la cohabitation clubs publics / clubs privés en Belgique ? (Quel type de club attire le plus, différence de prestations entre les types de clubs, différences de prix entre les 2 types de structures?…) 

Le public ne connait généralement pas cette cohabitation et elle se passe généralement bien. La concurrence est parfois délicate à gérer car une guerre de prix est parfois possible localement mais notre population de joueurs est plutôt tournée vers une fréquentation multi clubs, guidée par une organisation de parties plus ou moins dynamique dans tel ou tel club. Je pense qu’il y a de la place pour tout le monde et qu’il y a encore certainement des opportunités, pour des infrastructures couvertes de qualité notamment. 

Comment imaginez-vous le Padel en Europe dans 10 ans ?  (Axes de développement pour conquérir de nouveaux pays, ratio clubs publics / clubs privés, cible visée pour le développement du Padel, centres de formations…)

Je pense que ce sport a des qualités incroyables et que ce sera un sport majeur de ce siècle. Il doit se professionnaliser au niveau des institutions et gagner en qualité d’infrastructure. On y arrivera j’en suis certain.

Pour conclure, souhaitez-vous évoquer un ou d’autres sujets ? 

Non pas spécialement, merci Jonathan et bonne continuation à Media padel.

Retrouvez ci-dessous la partie 1 de l’entretien:

Jonathan Uzan

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