Entretien avec Hubert Picquier, en charge du Padel à la FFT

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De nombreux clubs privés ferment. On pense au 1er central Padel à Lyon, au Fox Center à Boulogne/Mer, au Spot In à Rennes…Ce sont aussi grâce à ces clubs « morts en première ligne » que le Padel se développe encore et favorise l’ouverture dans des structures publiques. Comment peut-on les aider ? 

En effet, aujourd’hui, il faut remercier les structures privées qui se sont lancées dans le Padel en France. Ceux que vous citez ont en effet dû fermer (même si le Fox Center a trouvé un repreneur). D’autres, fort heureusement, continuent de se développer. Il est vrai qu’un club privé reste une entreprise à part entière, et le modèle économique pour que la structure soit viable financièrement n’est pas simple.

La FFT ne mettra jamais en opposition les structures privées habilitées par la Fédération et ses clubs affiliés. A noter également que très souvent le service apporté est bien différent. Aujourd’hui, la Fédération peut aider uniquement financièrement les clubs affiliés. Concernant les clubs privés/habilités nous travaillons sur des dispositifs afin de permettre de favoriser leur développement. Une convention gagnante/gagnante au travers d’un accompagnement dans les actions de promotion, de développement, d’une licence fédérale adaptée tout en apportant une aide à la compétition organisée au sein des structures. L’objectif de la FFT est d’accompagner l’ensemble des structures qui contribuent au développement de la pratique du padel en France.

Certains clubs privés peuvent considérer que les clubs publics sont une concurrence déloyale. Cela génère de grandes tensions dans certaines villes d’ailleurs. Quel est votre point de vue sur la question ? 

Il est certain que les clubs publics (affiliés) n’ont pas les mêmes contraintes financières que les clubs privés. Comme j’ai pu le dire, ces derniers offrent bien souvent des services complémentaires, qui leur permet de se différencier des clubs publics (accueil et restauration toute la journée, salle de sports, squash, soccer, yoga…). Je comprends que cela puisse générer des tensions, mais nous aurons toujours cette différence économique.

La FFT travaille régionalement et au plan national sur des actions communes à mettre en place entre ces différents types de structures. L’idéal serait que chacun fasse un pas vers l’autre. Certaines expériences positives sont lancées et procurent déjà de très bons résultats. Nous serons là pour les favoriser. Les clubs privés qui ne seront pas dans l’esprit fédéral quitteront la Fédération. De notre côté, nous resterons très attentifs au maillage des courts sur notre territoire. Je pense qu’il y a aujourd’hui de la place pour tout le monde, le potentiel de nouveaux joueurs de padel, en France, étant important.

En Espagne, les clubs privés parviennent à être rentables avec des prix à l’heure bien plus faibles qu’en France et sans forcément toujours remplir le bar. Poussez les gens à boire n’étant pas une solution « politiquement correct » pour un club sportif, quelles sont les possibilités pour qu’un club puisse être rentable en sachant qu’avant 18h, l’activité est calme en général. 

Je ne sais pas si nous devons comparer le panier moyen en Espagne et le coût de l’immobilier avec nous !

Quant à affirmer qu’en Espagne « les clubs privés ne remplissent pas le bar » … je préfère le terme club house car nous sommes dans un espace sportif. Je pense qu’il ne faut pas généraliser et qu’on n’a pas dû fréquenter les mêmes clubs ! 

Plus sérieusement, comme je vous le disais, un club privé est une entreprise, et il faut la gérer comme telle. Et il faut donc explorer toutes les sources de revenus possibles et toutes les animations qui peuvent générer du trafic et du business au sein du club. Des actions envers les écoles, les étudiants et les cours collectifs « padel au féminin », « padel santé » donnent de bons résultats.

Pour s’en sortir, certains clubs privés font énormément de tournois. Un club en particulier a réalisé une quarantaine de tournois sur l’année. Cette stratégie est rentable mais ce business plan ne peut-il pas nuire au Padel si tous les clubs en abusent ? Les tournois ne perdent-ils pas alors en valeur ?

Oui tout à fait. Il est essentiel de trouver un juste équilibre car cela pénalise le développement au sein des autres clubs. Nous sommes en train de réfléchir à limiter le nombre de tournois par club au regard du « poids du club ». Rien n’est encore arrêté, mais il faut être en effet vigilant sur ce point. Nous travaillons également au lancement des matchs libres en favorisant le P0. Nos Ligues régionales auront des consignes beaucoup plus précises afin d’assurer les harmonisations en 2020.

Comme dans toute activité, on travaille en imaginant une projection à 2 ans, à 5 ans, à 10 ans. Quelle est la vision de la FFT sur le Padel d’une façon générale ? Et sur le ratio clubs privés / Clubs publics ? 

Si vous me le permettez, je garderai pour moi les objectifs chiffrés de développement du padel en France pour les 10 prochaines années. On ne va pas se mentir, notre objectif est de développer le Padel en France au travers de nos clubs affiliés. La Fédération est forte d’un réseau de 7.800 Clubs.

Notre plan stratégique s’appuie sur 4 piliers :

o   Maillage des lieux de pratique en créant des installations et un partenariat gagnant/gagnant avec les structures privées.

o   Connaissance du padel au grand public et par la formation d’enseignants padel afin de généraliser la mise en place des écoles de padel.

o   Structuration de la compétition et de l’arbitrage de la discipline

o   Mise en place d’une expertise et d’une structure physique afin de soutenir l’essor de nos joueurs (es) au niveau mondial afin d’installer la France comme un acteur majeur du padel à l’international.

Pour cela, nous devons être vigilant sur la répartition des terrains sur notre territoire, mais encore une fois, je pense que si le Padel se développe correctement, les clubs privés garderont leur place. Sachant, qu’ils ont toujours la possibilité de s’affilier à la FFT. 

Il y a eu une belle évolution du Padel entre 2015 et 2016 avec une augmentation importante du nombre de terrains (67 à 173) et de clubs (de 27 à 83). Depuis ce nombre est à la baisse. Dans les tournois, on voit quasi toujours les mêmes joueurs. Le Padel s’étouffe-t-il un peu ? 

Au risque de vous contredire, je ne partage pas votre affirmation : ces chiffres ne sont pas à la baisse*. Le nombre de clubs se dotant de terrains de Padel augmente régulièrement, au fur et à mesure de la concrétisation des projets, et le nombre de courts est en constante augmentation également. Nous en sommes à ce jour à 75 clubs exclusivement Padel (affiliés ou habilités) et 195 clubs de tennis disposent maintenant de terrains de Padel, soit un total de 270 Clubs environs. Pour un total de 600 terrains, répartis donc au sein de ces 270 clubs

  • Remarque Média Padel: le nombre de clubs évolue en effet mais le nombre de club en construction diminue d’année en année depuis 2016.

Comment est perçu le padel par les clubs de tennis publics ? 

Si vous parlez des clubs affiliés… Ils sont ravis de pouvoir proposer une pratique complémentaire à leurs sociétaires. Le Padel est très bien accueilli par les adhérents.

Les clubs privés proposent souvent de grands complexes et les clubs publics seulement 2 ou 3 terrains. A quoi cela est-il dû ? 

Comme expliqué précédemment, cela est dû au modèle économique. Un club privé, s’il veut être rentable, doit disposer d’un nombre important de terrains*.

Nous avons de plus en plus de dossiers qui arrivent à la FFT avec des projets de création de structures exclusivement padel. Concernant les autres clubs, c’est un complément d’activités.

  • Remarque Média Padel: Point non évoqué ici mais la FFT donne une aide à hauteur de 5000 euros par terrain pour un maximum de 2 terrains pour les clubs publics. Les clubs publics construisent donc aussi en fonction des aides.

La FFT n’est-elle pas dans une situation délicate dans la mesure ou les joueurs de Padel sont souvent d’anciens joueurs de tennis. Habiller le Padel c’est donc déshabiller le tennis en quelque sorte ? 

Je pense qu’il faut être plus optimiste que cela ! Comme je vous le disais, le nombre de joueurs potentiels de Padel est énorme, et de plus en plus les nouveaux pratiquants ne viennent pas du tennis ! En Espagne, les estimations chiffrent à environ 3 millions de pratiquants de Padel, et cela n’empêche pas l’Espagne d’être une nation forte du Tennis mondial !

Un des objectifs de la FFT est de fidéliser les adhérents dans les clubs en proposant une activité raquette, proche du tennis, et compatible avec les nouvelles attentes des pratiquants. En aucun cas, et nous veillons à cela, nous ne mettrons le tennis et le padel en opposition.

Le Padel a-t-il besoin de la FFT ou à terme une fédération propre au Padel peut-être une solution (ce qui a déjà été le cas dans le passé d’ailleurs)? 

Je ne sais pas si le Padel a besoin de la FFT, mais ce qui est certain, c’est que la FFT met aujourd’hui tout en œuvre pour développer le Padel en Métropole et dans les territoires d’Outre-Mer. L’expérience d’une Fédération propre au padel a amené le Ministère des Sports a proposé à la Fédération de gérer le Padel, car il restait convaincu que sa « force de frappe » était importante. Le Padel est encore un sport très jeune en France, et pas plus de 10-15% des français connaissant le Padel à ce jour. A nous de le faire connaitre et de travailler à son développement. Mais les chiffres annoncés précédemment démontrent que son évolution est en marche.

A Roland- Garros, il y a eu un petit espace Padel qui n’était pas très visible. Les P2000 génèrent un budget très important pour peu de retombées concrètes sur place et une visibilité souvent « chaotique » en ligne. N’est-il pas envisageable que des spots télés consacrés au Padel soient visibles lors de la période de Roland Garros ? Ou une exhibition de qualité sur place ? 

Roland Garros est un tournoi de tennis et de plus un Grand Chelem. Vous le savez, le stade est en pleine mutation depuis quelques années. Nous avons des contraintes d’accès au public et de gestion de la sécurité durant cette période de travaux, raisons pour lesquelles il nous a été impossible d’offrir plus d’espace cette année. Il en sera de même l’an prochain. Concernant le FFT PADEL TOUR, celui-ci nécessite en effet un budget non négligeable, mais le rôle de la Fédération est bien de faire découvrir le Padel au grand public ! Et les retombées sont encourageantes pour une première année et pas aussi faibles que vous le supposez*. Des dispositions pour le circuit 2020 seront prises afin de renforcer les retombées sur nos structures régionales, qu’elles soient habilitées ou affiliées. Le tout est surtout d’avoir des clubs à proximité permettant aux gens découvrant le Padel d’y jouer près de chez eux !

  • Remarque Média Padel: Nous n’avons pas eu d’infos sur les retombées chiffrées.

Merci à la FFT qui a accepté de répondre à nos questions. Faisons confiance à l’équipe en place et avançons positivement. N’hésitez pas à participer à l’échange en commentant de façon constructive cet entretien 🙂

Jonathan Uzan

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One Comment

  • entretien intéressant et donc partagé volontiers sur page #fFacebook et au delà ? et en même temps, c’est un peu redondant l’excuse de ne pas mettre le Padel plus en avant lors de ROLAND-GARROS alors que 3 semaines avant cette année, soit en Mai 2019 il avait été notifié (pas seulement évoqué) bien spécifié qu’il y aurait un vrai terrain DANS l’enceinte du tournoi plus un autre en place publique pendant le tournoi…. Finalement on a constaté que non ! Arrêtez les effets d’annonce à la FFT – Fédération Française de Tennis et de #Padel ! Agissez un peu plus, un peu plus vite et un peu “plus mieux” SVP

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